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PIB cantonal, un nouvel éclairage sur la structure économique des cantons

L’Office fédéral de la statistique publie des données provisoires révisées du produit intérieur brut cantonal. La nouvelle méthode de calcul qu’il utilise accorde une place centrale à la productivité, ce qui permet de refléter plus fidèlement la situation économique de la Suisse.
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L’Office fédéral de la statistique a révisé la méthode qu’il utilise pour calculer le PIB cantonal, ce qui permet de refléter plus précisément l’évolution de l’économie régionale. (Image: Keystone)

L’Office fédéral de la statistique (OFS) publie des données économiques cantonales depuis 2012. Jusqu’à présent, la performance économique de l’ensemble de la Suisse était estimée de manière agrégée à l’échelle des grandes régions, puis répartie entre les cantons. Cette répartition reposait généralement sur le nombre d’emplois: si un grand nombre de personnes travaillaient dans un secteur donné au sein d’un canton, ce dernier se voyait attribuer automatiquement une part proportionnellement importante de la performance économique nationale. Dans un monde globalisé, cette méthode commence toutefois à atteindre ses limites car la performance économique des entreprises est de moins en moins liée au nombre de salariés.

L’OFS procède régulièrement à des révisions de fond de sa méthode d’estimation du PIB afin d’y intégrer de nouvelles données et de nouvelles méthodes de calcul. C’est ainsi que, récemment, il a effectué une telle révision dans le but de mieux tenir compte de la situation économique actuelle et des changements structurels[1]: au lieu de répartir la performance économique des grandes régions entre les cantons, le nouveau modèle s’appuie désormais sur les données individuelles des entreprises, sans les agréger au préalable, ce qui permet d’obtenir une vision détaillée de la situation économique régionale.

L’importance cruciale de la valeur ajoutée brute

Comment ce changement de méthode influence-t-il les données? La valeur ajoutée brute, qui constitue l’élément central du produit intérieur brut, mesure la valeur économique créée par une entreprise. L’ancienne méthode reposait sur le principe que tous les emplois d’un même secteur génèrent une valeur ajoutée économique comparable. Or, l’économie suisse est très hétérogène: la productivité, c’est-à-dire la valeur ajoutée générée par emploi, varie fortement d’un secteur à l’autre et d’un canton à l’autre. Le secteur du commerce est ainsi nettement plus productif que celui de l’hébergement et de la restauration.

Ce sont précisément ces écarts de productivité entre les cantons que la nouvelle méthode permet de mettre en évidence. Dans presque tous les cantons, les nouvelles estimations de la valeur ajoutée brute varient de plus de 10%, à la hausse (dans certains centres économiques tels que Bâle ou Genève) ou à la baisse (notamment dans les zones périphériques) (voir graphique 1).

Graphique 1: Dans presque tous les cantons, la nouvelle méthode de calcul entraîne une variation de la valeur ajoutée brute de plus de 10% (2022)

GRAPHIQUE INTERACTIF
Source: Comptes nationaux; Office fédéral de la statistique | Graphique: La Vie économique

Concentration sur les entreprises très productives

Le nouveau modèle différencie notamment le commerce de gros, productif, du commerce de détail. Dans l’ancien modèle, ces deux sous-secteurs étaient réunis, ce qui revenait à leur attribuer une productivité identique, bien qu’elle soit plus élevée dans le commerce de gros que dans le commerce de détail en raison notamment du nombre élevé de négociants en matières premières. Cet ajustement concerne en particulier le canton de Genève, dont la valeur ajoutée brute pour l’année 2022 a été revue à la hausse (+46,3%, soit 27,6 milliards de francs), et le canton de Zoug (+48,1%, soit 11,7 milliards de francs), deux cantons dans lesquels ce secteur hautement productif est fortement implanté.

Même au sein d’un même secteur, il existe d’importants écarts de productivité entre les entreprises. Certaines entreprises de très grande taille ou particulièrement productives peuvent influencer considérablement la valeur ajoutée d’un canton, ce qui se traduit par de fortes variations des données (voir graphique 2). Cette productivité peut s’expliquer par les chaînes de valeur mondiales. C’est notamment le cas lorsqu’un groupe détient des brevets en Suisse, mais fait produire ses biens à l’étranger et que les revenus issus de ses brevets sont intégrés au PIB local. Afin de refléter ces structures de production mondiales de manière précise et homogène, l’OFS a mis en place une nouvelle unité spécialisée pour les grands groupes d’entreprises (LCU), qui contribuera de manière décisive à un recensement plus précis des grandes entreprises et permettra de déterminer quelle part de la valeur ajoutée est générée à quel endroit.

L’utilisation accrue des données individuelles des entreprises entraîne également une variation plus importante des résultats d’une année sur l’autre, car les calculs intègrent également les variations de prix ou les baisses de la demande, qui sont par nature plus volatiles que le nombre d’emplois. Ce phénomène ressort clairement de la série chronologique du produit intérieur brut cantonal pour la période allant de 2011 à 2024 (voir graphique 2).

Graphique 2: La nouvelle méthode de calcul met en évidence les fluctuations de l’économie (2011-2024)

GRAPHIQUE INTERACTIF
Source: Comptes nationaux; Office fédéral de la statistique | Graphique: La Vie économique

Corriger les distorsions

D’autres améliorations permettent également de corriger certaines imprécisions comptables. Si un groupe dispose par exemple d’un laboratoire de recherche dans un canton suisse, mais fabrique ses produits à l’étranger, une partie des revenus issus de sa production étrangère était intégrée auparavant dans les statistiques régionales et, par conséquent, dans le PIB cantonal. Le nouveau modèle exclut la valeur ajoutée générée dans les succursales étrangères.

La nouvelle méthode met en évidence les dynamiques récentes, comme en témoignent les résultats cantonaux provisoires pour l’année 2024. Les cantons de Zoug et de Schaffhouse enregistrent ainsi des hausses significatives de leur PIB, celui-ci affichant une croissance nominale de respectivement 12,2% et 9,6% par rapport à l’année précédente, ce qui traduit l’évolution économique du commerce de gros en 2024. Le canton du Jura enregistre en revanche une baisse de la valeur ajoutée de 6%, imputable à l’industrie manufacturière.

Dans le cadre de statistiques expérimentales, ces données seront ventilées de manière encore plus détaillée au cours du premier trimestre 2027, afin qu’une image plus fidèle de la situation économique de la Suisse puisse être présentée au public. Les cantons pourront utiliser ces nouvelles informations pour mettre en œuvre des mesures de politique économique plus ciblées. S’il s’avère que les services informatiques ne sont pas assez productifs sur son territoire, un canton pourra par exemple soutenir certains projets d’infrastructure. Les acteurs politiques et économiques pourront ainsi mieux tirer parti des atouts de leur région.

  1. Voir Schrey F. L. et Vetterli D. (2026). PIB cantonal – Note d’accompagnement – révision méthodologique, Office fédéral de la statistique (OFS). []

Proposition de citation: Schrey, Fabian L.; Vetterli, David (2026). PIB cantonal, un nouvel éclairage sur la structure économique des cantons. La Vie économique, 26 octobre.