Éditorial
Trouver le juste milieu en matière debrevet, un défi pour la politique économique
Le progrès technique constitue sans aucun doute la principale source de croissance économique à long terme. Contrairement à des ressources comme le travail, le capital ou le sol, l'évolution des nouvelles technologies ne connaît pratiquement pas de limites. Toute politique économique axée sur la croissance doit donc accorder la plus grande attention aux conditions-cadres dans lesquelles évolue le progrès technique, autrement dit le nouveau savoir. Le savoir est un bien spécial, dont les caractéristiques représentent un défi en politique économique. Je peux, ainsi, appliquer le théorème de Pythagore en même temps que des milliers d'autres et personne ne peut interdire à qui que ce soit d'en faire autant. Le savoir est donc un bien public et son prix est généralement égal à zéro, c'est pourquoi sa production est peu intéressante. C'est là que le brevet entre en jeu, en conférant temporairement à son utilité économique un caractère exclusif. Vu sous cet angle, il faut se réjouir de son existence car c'est lui qui incite à investir dans la recherche et le développement. Au plan de la croissance, le brevet suscite, toutefois, deux problèmes. D'une part, il accorde des droits de monopole, ce qui comporte toujours le risque d'une considérable inefficacité. En l'absence d'une concurrence suffisante, il n'est pas garanti que la rente visée soit investie de manière vraiment efficace dans la recherche. D'autre part - et c'est beaucoup plus important - le brevet empêche d'exploiter tout le potentiel d'une innovation. En soi, le nouveau savoir ne crée pas de rivalité entre les utilisateurs et, une fois présent, ilpourrait permettre à la productivité de croître grâce aux milliers de personnes qui s'en serviraient. Or, le brevet réduit pendant un certain temps la diffusion de ce nouveau savoir, pourtant décisive pour l'augmentation générale de la prospérité. Ces freins mis à la croissance de la productivité rendent très difficile la détermination d'un juste milieu en matière de brevet. La protection doit être assez étendue pour encourager la recherche à grande échelle, mais pas trop, afin de ne pas empêcher une large utilisation du nouveau savoir. Cette question constitue un des plus grands défis de la politique économique.

