Éditorial
Pour davantage de marché dans le secteur de la santé
Dans les années soixante, William Baumol évoquait déjà le phénomène de la «maladie des coûts» qui frappait certains services. Selon l'économiste américain, il n'est pas possible d'accroître la productivité sans abaisser la qualité des prestations qui requièrent un travail considérable et de nombreux contacts entre individus. Pour illustrer sa théorie, le chercheur prend l'exemple d'un concerto pour cordes. Or, le même phénomène se produit dans plusieurs secteurs de la santé, où les prestations sont dispensées en faisant appel à des interactions humaines. Comme dans ce domaine la productivité ne peut augmenter dans les mêmes proportions que dans la production automobile par exemple, les coûts et les dépenses sanitaires grimpent plus rapidement et plus nettement. Nous sommes apparemment disposés à supporter ces augmentations, si notre revenu suit la même pente ascendante. Or, chaque année, nos dépenses de santé rognent notre budget dans des proportions toujours plus importantes. C'est une des raisons pour lesquelles cette branche est considéré comme le moteur de croissance du futur. De plus, une hausse des dépenses de santé est toujours le signe d'un accroissement du bien-être. Toutes les dépenses de santé ne recouvrent, toutefois, pas toujours des coûts qui se justifient. Dans un marché qui fonctionne, les coûts sans intérêt sont éliminés par la concurrence. Il n'en va pas de même du domaine de la santé, où le marché est presque totalement absent et dont une bonne partie est financée au travers des dépenses obligatoires. Ainsi, la Suisse ne s'offre pas un seul système de santé, mais 26, avec chaque fois une administration propre! Qui plus est, il n'existe guère de concurrence entre les prestataires de soins. L'étude, réalisée conjointement par l'OCDE et l'OMS, sur le système de santé suisse critique avec raison les mécanismes compliqués et opaques qui le gouvernent. Bon nombre d'acteurs profitent consciemment ou inconsciemment de cette situation pour toucher des rentes injustifiées. En clair, les prestations actuelles pourraient être fournies à un coût nettement plus favorable. Si la Suisse souhaite maintenir des prestations de pointe et une qualité élevée dans le domaine de la santé, le monde politique n'aura guère d'autres solutions que d'accroître l'efficacité du système et d'introduire davantage de mécanismes de marché. Comme le montre le rapport, les propositions ne manquent pas.

