Éditorial
La répartition des revenus est demeurée stable en Suisse: il faut s'en réjouir
Les revenus des cadres dirigeants font de nouveau parler d'eux. Mais qu'en est-il vraiment de la répartition des revenus et de la fortune en Suisse? L'internationalisation de l'économie et l'ouverture des marchés accroissent-elles les inégalités? Notre système social est-il assez performant? Il s'agit là de questions à dimension à la fois éthique et économique. Les auteurs du thème du mois examinent différents aspects de la répartition des revenus et de la fortune à l'échelle de la Suisse et du monde. Ils axent principalement leur analyse sur les inégalités structurelles et la mobilité des revenus, ce qui soulève une autre question: quelles possibilités une personne à faible revenu a-t-elle d'améliorer sa situation? Un constat s'impose: la mondialisation ne peut guère expliquer les inégalités croissantes observées dans certains pays depuis les années quatre-vingt. Celles-ci proviennent principalement des progrès technologiques, de l'évolution de l'organisation du travail et des mutations structurelles, qui ont transformé en profondeur le monde du travail. Selon les études présentées dans ce numéro, ce sont les institutions nationales qui déterminent si cette évolution entraîne un accroissement des inégalités de revenus. Le système de formation, la réglementation du marché du travail, les assurances sociales et le système fiscal jouent un rôle central à cet égard. La Suisse s'en sort plutôt bien: la répartition des revenus est demeurée relativement stable ces vingt dernières années malgré de longues périodes marquées par des difficultés économiques. Notre système politique et ses institutions ont été en mesure d'assurer une cohésion sociale, même durant des phases de profonde mutation économique. Il n'y a donc pas nécessairement conflit d'intérêts entre le besoin de sécurité sociale et l'indispensable intégration de notre économie dans les échanges mondiaux, ce qui constitue une bonne nouvelle. Cela signifie aussi que notre pays a le devoir, surtout pendant les périodes de bonne conjoncture, de permettre à un maximum de personnes d'être actives et de gagner un salaire qui leur assure une vie décente.

