Éditorial
Aborder le changement en ayant confiance dans ses atouts
Ces dernières décennies, l'économie mondiale a resserré ses liens à un rythme toujours plus rapide. Les branches et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à investir à l'étranger et à internationaliser leur production. Pour ne citer que deux exemples de cette fulgurante transformation: l'Europe de l'Est assimile rapidement les règles de l'économie de marché tandis que la liberté dont profite l'Asie en ce domaine mène à de spectaculaires transformations économiques et sociales. Ces progrès ont fait surgir pour les entreprises suisses et l'ensemble de notre économie de nouveaux concurrents. Ceux-ci, en raison surtout de leurs réservoirs quasi illimités de main-d'oeuvre peu coûteuse, jouissent d'un avantage évident par rapport à un pays comme le nôtre, où les salaires sont élevés. Doit-on pour autant considérer les économies émergentes comme nos concurrents sur des marchés extérieurs limités? Ne faut-il pas aussi voir en elles, en raison même de leur croissance et de leur prospérité grandissante, de nouveaux débouchés pour nos produits et services à haute valeur ajoutée? En fait, l'ouverture et l'interdépendance croissantes permettent - et exigent - une spécialisation des productions. Notre principal atout, la capacité d'innovation, n'en sera que davantage mis en valeur sur le marché mondial. Le moyen le plus sûr de préserver et d'améliorer la compétitivité n'est pas de figer les structures existantes ou de protéger artificiellement notre industrie. Pour tirer profit de la concurrence internationale et recevoir une part honorable du gâteau en constante augmentation de l'économie planétaire, il faut considérer les chances offertes par la mondialisation. Cela signifie qu'il faut avoir confiance en ses propres atouts et accepter le changement. Notre pays n'augmentera sa productivité et ne préservera sa croissance que si ses entreprises savent exploiter la diversité des sites économiques et conquérir de nouveaux marchés. Voilà pourquoi notre priorité ne doit pas être, lorsque nous évoquons la concurrence internationale - comme dans le présent numéro de La Vie économique - de dresser l'inventaire de nos concurrents internationaux les plus dangereux. Nous devons plutôt nous interroger sur la meilleure politique économique à mener pour favoriser une division internationale du travail qui permette à nos entreprises de conserver et de développer leurs positions sur le marché, et donc d'élever le niveau de prospérité des habitants de ce pays. Il faut pour cela de bonnes conditions-cadres, des investissements dans la formation et l'innovation et, par-dessus tout, une ouverture à la concurrence internationale et la volonté de l'affronter.

