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Éditorial

Le rôle de l'État dans la crise: prévenir ses propres abus et ceux du marché

Jetons un coup d'oeil sur les crises économiques que la Suisse a dû affronter au XXe siècle: lors de la Grande Dépression, en 1931 et 1932, le produit intérieur brut (PIB) a baissé en moyenne de 2,6%; pendant les années de guerre 1940 à 1943, il a chuté de 3,4%. C'est toutefois en 1975, sous l'effet du premier choc pétrolier, que la Suisse a connu sa plus sévère récession: le recul du PIB a alors atteint 6,7%. Nul ne sait combien de temps durera le fléchissement actuel et quelle sera son intensité. Quels enseignements pouvons-nous tirer des crises passées? Premièrement, chacune d'entre elles a été suivie d'une phase d'essor. Deuxièmement, elles ont toutes démarré à l'étranger. Troisièmement, la Suisse ne dispose que de moyens limités pour les maîtriser - surtout du fait qu'elle est une économie de taille modeste, ouverte et fortement tributaire des exportations. Quand tous nos partenaires commerciaux sont en difficulté, il est impossible d'échapper à une récession importée. Quatrièmement, les trains de mesures conjoncturels peuvent avoir une action procyclique, en raison de leur lenteur, et entraîner des effets d'aubaine. En temps de crise, l'État doit prendre des mesures qui se justifient à long terme. Il faut tenir compte de la montagne de dettes, qui découle de la baisse des recettes et de l'augmentation des dépenses, ainsi que des éventuelles distorsions structurelles et des répercussions sur la stabilité des prix. Le retour de l'équilibre macroéconomique permettra à notre pays de reprendre le chemin de la croissance. Lorsque viendra le bout du tunnel, si les paramètres évoqués précédemment sont meilleurs que ceux de ses concurrents, la Suisse aura maîtrisé la crise avec succès.  C'est précisément en ayant à l'esprit les expériences du passé que le Conseil fédéral a opté pour des mesures déployant des effets rapidement, comme des investissements anticipés, une prolongation de la durée des indemnités en cas de chômage partiel et une meilleure protection contre les risques à l'exportation. Le financement des projets respectera le plafond des dépenses imposé par le frein à l'endettement. Des mesures dont le financement irait au-delà de ces limites ne sont prévues que dans le cas d'une dépression économique majeure débouchant sur une récession grave. Une chose encore. Toute crise comporte le risque de déclencher des réactions exagérées. Celle de la finance n'échappe pas à la règle. Il est certain que l'État doit mieux réglementer la branche financière, mais, de grâce, pas dans des proportions démesurées. Il faut un équilibre entre son autorité et l'économie de marché. En conclusion, nous avons besoin de l'état, pour protéger l'économie de marché de ses propres abus et excès. A l'inverse, nous avons besoin de l'économie de marché, pour nous protéger de trop d'interventions étatiques.

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Jean-Daniel Gerber
Directeur du Secrétariat d'État à l'économie SECO



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