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Éditorial

Possibilités et limites de la politique conjoncturelle

À eux seuls, les États-Unis ont débloqué 1000 milliards de francs en vue de relancer la conjoncture, l'Allemagne 100 milliards et l'ensemble des pays de l'OCDE 1700 milliards. Des interventions d'une telle ampleur ne manquent pas d'influer sur le cours de l'économie; d'ailleurs, les petites éclaircies qui se dessinent à l'horizon conjoncturel s'expliquent sans doute en partie par cet engagement massif. En ce qui concerne la Suisse, le Conseil fédéral a adopté trois programmes successifs de stabilisation pour les années 2009/10. Les mesures qui y figurent représentent un montant de 3,1 milliards de francs. À première vue, cela semble peu. Qu'on ne s'y trompe pas! La Suisse dispose, en effet, de stabilisateurs automatiques robustes. À ces programmes de relance, il faut en effet ajouter les 5,6 milliards que l'assurance-chômage dépensera en plus au cours des années 2009/10 et les mesures de relance conjoncturelle des cantons qui se montent à 6,1 milliards; parallèlement, les recettes fiscales diminueront, touchées par la récession. En tout, les impulsions conjoncturelles représentent, pour ces deux années, quelque 1,5% du PIB. Les mesures prises par la Banque nationale suisse viennent, en outre, renforcer les stimuli budgétaires. Celle-ci a rapidement et fortement baissé ses taux d'intérêt; elle a aussi augmenté les liquidités dans une mesure qui n'a encore jamais été vue, est intervenue sur les marchés des devises et a réduit l'écart des obligations des entreprises indigènes par le rachat de titres, essentiellement sur le marché secondaire.  Ces mesures seront-elles suffisantes? Il convient tout d'abord de constater que la marge de manoeuvre octroyée par le frein à l'endettement a été utilisée complètement. Dès lors, pour retrouver une croissance durable, il faudra absolument relever les défis suivants en matière de politique structurelle. Premièrement, si la Confédération, les cantons et les communes ont assaini leurs budgets au cours des dernières années de haute conjoncture, beaucoup reste à faire en ce qui concerne les assurances sociales. Deuxièmement, la volonté de réformes qui s'est exprimée dans le train de mesures en faveur de la croissance appliquées avec succès pendant les années 2004-2007 ne doit pas faiblir. Le Conseil fédéral et le Parlement doivent réaliser les révisions prévues au cours de la législature actuelle. De ce point de vue, l'adoption par le Parlement du principe du «Cassis de Dijon» est de bon augure. Troisièmement, le surplus exceptionnel de liquidités libéré sur les marchés financiers devra être progressivement absorbé sans mettre en péril la stabilisation conjoncturelle et la reprise. Si la Suisse réussit à relever ces trois défis, elle ressortira renforcée de la crise.

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Jean-Daniel Gerber
Directeur du Secrétariat d'État à l'économie SECO, Berne



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