Éditorial
Les accords de libre-échange: un pilier essentiel de la stratégie économique extérieure de la Suisse
La Suisse négocie, dans le cadre de l'AELE ou par voie bilatérale, des accords de libre-échange (ALE) alimentant un réseau en expansion permanente, autant au plan géographique qu'au niveau du contenu. Les premiers accords ont été conclus au sein des espaces européen et méditerranéen et couvraient principalement les domaines des marchandises et de la propriété intellectuelle. Ils devaient lutter contre les discriminations dont aurait pu souffrir notre pays par rapport à l'UE. Depuis quelques années, ces accords se sont étendus au monde entier, à l'exemple de ceux passés avec le Japon et la Colombie. Ils facilitent également l'accès au marché des services, des investissements et des achats publics, et ont pour but d'empêcher que la Suisse ne soit défavorisée par rapport à l'UE, aux États-Unis et à d'autres partenaires commerciaux. De plus en plus souvent, notre pays conclut un ALE avant ses concurrents, donnant ainsi un avantage compétitif d'importance à ses entreprises. Alors que la croissance des exportations suisses dans le pays partenaire double déjà par rapport à l'ensemble des ventes à l'étranger, un tel atout renforce encore le phénomène. Les négociations actuelles de la Suisse et de l'AELE concernent notamment l'Asie: le Sud-Est du continent certes, mais aussi l'Inde et la Chine, des puissances économiques de premier plan qui continuent de connaître une forte croissance. Les pays de l'Europe de l'Est, avec la Russie et l'Ukraine, jouent également un rôle important, d'une part en tant que fournisseurs d'énergie et d'autre part en tant qu'acheteurs de produits à forte valeur ajoutée et technologiquement avancés. Les branches de l'horlogerie, de l'industrie chimique et pharmaceutique ainsi que des instruments de précision affichent une croissance à l'exportation supérieure à la moyenne. En Amérique latine, le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) représenterait un partenaire de poids justifiant l'ouverture de négociations, mais ces pays placent pour l'instant le cycle de Doha à l'OMC en tête de leurs préoccupations. Ces considérations m'amènent à la conclusion suivante: en matière de politique commerciale, la priorité des 153 membres de l'OMC devrait être la conclusion rapide et réussie du cycle de Doha, au lieu de négociations de libre-échange menées au cas par cas à travers les continents. La sécurité juridique, la crédibilité du système commercial multilatéral et le commerce mondial en sortiraient confortés, ce qui bénéficierait également aux pays les plus pauvres. Cependant, tant qu'aucun progrès conséquent n'aura lieu à l'OMC, les négociations bilatérales devraient se poursuivre et s'intensifier.

