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Editorial

La politique budgétaire, un perpétuel défi

Les chiffres sont saisissants: selon l’OCDE, le déficit budgétaire des pays industrialisés est passé de 1,3% à 7,7% du produit intérieur brut (PIB) entre 2007 et 2010, et l’endettement brut des États de l’UE a augmenté de 66,3% en 2007 à plus de 90% du PIB (estimation 2012). Cette évolution est perturbante parce que l’expérience montre qu’un endettement public supérieur à 70-80% risque de lentraîner dans une spirale néfaste.Dans l’urgence, les pays simposent des programmes d’austérité budgétaire à court terme, espérant ainsi accélérer la résorption du déficit. Par contre, ramener durablement le taux d’endettement à un niveau supportable s’avère nettement plus difficile. La Suisse en a fait la douloureuse expérience au cours des années nonante. Toutefois, grâce au frein à l’endettement, le budget fédéral est aujourd’hui en relativement bonne santé.Aujourd’hui, rien ne serait plus irresponsable que de ne rien faire. Les bases sur lesquelles repose le financement des assurances sociales et du système de santé risquent notamment de s’éroder. Il ressort très nettement des perspectives à long terme de 2012 qu’il faudrait économiser environ 10 milliards de francs par an sur les budgets de la Confédération, des cantons et des communes pour empêcher le taux d’endettement d’augmenter jusqu’en 2060.«Gouverner, c’est prévoir», dit la formule. Promouvoir une politique à appliquer au cours de plusieurs générations est, toutefois, bien plus aisé que de la mettre en œuvre. Il est dans la nature de l’homme d’accorder plus d’importance à l’assouvissement de ses désirs actuels qu’à son bonheur futur. Comment expliquer, autrement, que nous devions charger autrui d’assurer notre propre retraite par le biais d’une épargne forcée? Cette préférence temporelle peut, néanmoins être contournée. Nous pouvons volontairement limiter nos options. C’est littéralement ce qu’avait choisi Ulysse en se faisant ligoter au mât de son navire pour ne pas céder au chant des sirènes.Des «freins à l’endettement» spécifiques à notre système social pourraient contribuer, par le biais d’un «ligotage» politique, à rendre plus réalistes les exigences que nous posons aux assurances sociales en regard des possibilités de financement. Procéder de la sorte serait non seulement plus sage d’un point de vue économique, mais il serait également plus juste d’exposer à temps aux citoyens les limites des prestations sociales. Cela reviendrait à donner à leurs futurs bénéficiaires et aux contribuables des informations réalistes leur permettant de planifier leur avenir. Laisser les générations à venir supporter à très brève échéance des programmes d’économies herculéens dans le système social serait, par contre, tout à fait injuste.

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Eric Scheidegger
Eric Scheidegger
Directeur suppléant et chef de la Direction de la politique économique, Secrétariat d’État à l’économie SECO



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